Carte 1 - Trianon
UNE NUIT DE VIOLENCES EN TROIS LIEUX
(Carte de Metz Centre-ville)
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Le Pontiffroy
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La gare
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Le Trianon
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Trianon
Danse macabre au Trianon
Ce dimanche 23 juillet 1961, la piste de danse du Trianon est remplie. Comme d'habitude, la jeunesse messine s'est rassemblée dans ce café-dancing située au 39 rue Pont-à-Mousson à Montigny-les-Metz, à quelques encablures du centre-ville de Metz.
Dans le public figurent de nombreux parachutistes en permission, en tenue de sortie et non armés. La plupart sont des jeunes d'une vingtaine d'années qui passaient leur service militaire.
Mais ce soir-là, vers 22 h 30, le Trianon sera le théâtre d'une fusillade sanglante qui aura des conséquences tragiques.
Mathilde Marchal, une cliente du café, a assisté à l'incident.
Un autre témoin, qui tenait une station service non loin du Trianon, tient une version différente. Il affirme que tout a commencé dans une rue adjacente au bâtiment :
"Des paras y avaient suivi un groupe d'une quinzaine d'Algériens. Tout-à-coup, les Arabes se sont retournés, armés de pistolets, et ont fait feu sur eux. Les soldats se sont réfugiés dans le Trianon, les Algériens les ont poursuivi et ont tiré en direction de l'établissement"
.
Quelle que soit la version, le bilan est lourd : huit blessés (des civils et des parachutistes) et trois morts, dont un civil : Jean-Marie Defranould, le barman âgé de 33 ans, est mort sur le coup.
Henri Bernaz, le parachutiste décrit par Mathilde Marchal, décèdera quelques instants plus tard. Il était cuisinier au
1er Groupe de Livraison par Air (GLA)
, installé à la caserne Raffenel, à quelques centaines de mètres de là. Des articles de l'époque indiquent qu'il fut abattu à bout pourtant, alors qu'il gisait à terre.
Un deuxième soldat transporté à l'hôpital mourra des suites de ses blessures : Francis Soro, jeune Pied-Noir du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes, qui revenait tout juste d'Algérie et s'était installé à la caserne Serret, à Moulins-les-Metz.
Après la fusillade, les agresseurs réussissent à s'enfuir en abandonnant leurs armes. Plus tard, un couteau à cran d'arrêt et des douilles de 9mm seront retrouvés par la police chargée de l'enquête. A l'extérieur du Trianon, de nombreux militaires gisent à terre, entourés par la foule.
La réaction des paras ne se fera pas attendre. Selon le journal
Le Républicain lorrain
de l'époque, un sous-officier monte alors sur une table et rassemble ses hommes :
"A moi le 1er RCP, rassemblement !"
Des groupes se forment, certains s'arment de bouteilles et se lancent à la recherche des auteurs de l'attentat, qui ne seront pas retrouvés.
Les paras en furie se ruent alors en ville et lacent ce qu'ils
appelleront une "expédition punitive" contre la population arabe.
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CARTE Gare
UNE NUIT DE VIOLENCES EN TROIS LIEUX
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Le Pontiffroy
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La gare
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Le Trianon
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Gare VRAI
La gare ensanglantée
Les parachutistes forment des petits groupes autonomes d'une dizaine d'hommes. Ils font irruption dans le quartier de la gare et commencent leurs agressions. Leurs cibles ?
"Tout ce qui était bronzé
", selon les mots de l'un d'entre eux.
Rapidement, ils rejoignent la gare, où certains pénètrent dans le hall tandis que d'autres font irruption dans une brasserie située sur le flanc droit de la gare, nommée
"Le Buffet de la Gare"
.
Cette brasserie était ouverte en permanence et très fréquentée, notamment par la communauté algérienne. Aujourd'hui, l'établissement, qui a ensuite porté le nom de "La Chope", n'existe plus.
Marie-Jeanne Voirand était fille de comptoir au Buffet quand elle a vu les parachutistes surgir. Bernard Beckerich, parachutiste, n'est arrivé au 1er GLA qu'en 1963, mais certains camarades lui ont parlé de leur virée à la gare ce soir-là.
Selon d'autres encore, les paras ont aligné les clients présents contre les murs de la brasserie afin de répérer ceux qui avaient le teint mat. Les personnes concernées étaient ensuite sorties et mises à mal.
Pourquoi tant de versions différentes ? Il faut savoir qu'un incident entre des parachutistes et des Algériens s'était déjà produit au Buffet de la Gare le 19 juillet, soit quatre jours avant les violences du 23-24 juillet. Il n'est donc pas impossible que certains témoins aient confondu les deux évènements.
La presse locale, elle, parle bien de dégradations commises à la brasserie, ainsi que l'agression par erreur d'un client italien en raison de sa couleur de peau, ce que confirme les témoins.
Mais les paras n'en ont pas fini et ciblent un autre quartier, le Pontiffroy.
Voir leurs témoignages
Cependant, d'autres témoignages réfutent les dommages causés au Buffet de la Gare. Parmi ceux-ci, celui de Martine Vreucop, qui avait alors 11 ans et qui attendait le train avec son frère pour partir en vacances.
"Il n'y a eu aucune dégradation, à part une vitre cassée. Les paras ont bloqué les différentes entrées du Buffet, et ils l'ont fait évacuer. Ils ont ordonné aux Arabes présents de se rassembler à un point, plusieurs d'entre eux ont obéi.
Pendant ce temps, d'autres paras l'ont emmenée avec son frère sur les quais de gare, avec d'autres femmes et enfants : "
On a attendu là pendant une demi-heure avant que notre train arrive. On ne sait pas ce que sont devenus les Arabes que les paras avaient rassemblés."
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CARTE Pontiffroy
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Le Pontiffroy
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Le Trianon
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Pontiffroy VRAI
Carnage au Pontiffroy
L'autre cible principale des paras est le Pontiffroy, un quartier situé sur une petite île, à deux pas du centre-ville. C'était un quartier pauvre composé d'habitations délabrées et peuplé de nombreux Algériens, qui vivaient parmi d'autres nationalités (Portugais, Polonais, Français...).
Pour atteindre le quartier, les paras traversent d'abord quelques rues du centre-ville également habitées d'Algériens (rue d'Alger, rue des Jardins, rue Taison), où ils commettent plusieurs agressions. Puis il atteignent le pont Saint-Georges, qui permet de rejoindre le Pontiffroy.
A cet instant, Jacky (prénom d'emprunt), qui habite en face du pont, regardait la télé avec sa femme. Soudain, il entend du bruit, regarde par la fenêtre et assiste à une scène mémorable.
Assister à la scène
Un autre Algérien, Tahar Hocine tenait un hôtel-restaurant dans le quartier, la "Ville d'Alger". Il était au Pontiffroy lorsque les premiers troubles ont éclaté en ville.
"J'ai fermé le restaurant, j'ai tout barricadé et je suis allé au quartier des Allemands où j'avais une garçonnière."
Lorsque Tahar revient le lendemain dans le quartier, son établissement est intact. Il entend des réactions à chaud des clients de son hôtel :
"L'un d'entre eux, pourchassé par les militaires a juste eu le temps de se réfugier chez lui avant qu'ils ne l'attrapent."
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A 2 h du matin, les troubles cessent enfin. Les participants aux violences ont été ramassés par des camions envoyés par leur hiérarchie, ou arrêtés par la police militaire. Ils sont alors enfermés à la caserne Ney, au centre-ville de Metz, et mis à disposition de la police.
La nuit tragique avait pris fin, mais dès le lendemain, elle faisait les gros titres des journaux. Et l'heure des interrogations commençait...
Puis les paras pénètrent dans le quartier. Robert Drabowicz, 13 ans, était alors en vacances chez ses grands-parents polonais. Brahim Neidja et Kader (prénom d'emprunt) étaient des militants FLN algériens. Tous les trois racontent ce qu'ils ont vu et vécu.
Regarder Robert et Brahim
Ecouter Kader
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Mohamed_Woippy_NeBougezPas.mp3
D'après Jacky, les parachutistes resteront au Pontiffroy
"au moins 1 heure et demi, voire 2 heures"
. Il raconte qu'ils ont dégradé un café fréquenté par des Algériens, en Vincentrue :
"J'y suis passé le lendemain, tout était cassé".
Robert Drabowizc ajoute qu'un restaurant algérien nommé "Le Zaoura" a également été saccagé.
CONSULTER LA PRESSE
Revue de presse
Un retentissement national
Dès le lendemain des violences, les journaux locaux -
Le Républicain Lorrain
et
Le Lorrain
, journal d'inspiration catholique - reviennent logiquement, et largement, sur les violences.
Ils seront suivis de près par la presse nationale. Le mardi 25 juillet 1961,
Libération, Le Parisien, Le Monde, L'Humanité,
sont parmi les titres à consacrer plusieurs colonnes aux évènements, voire leurs appels de une. L'hebdomadaire
L'Express
du 27 juillet a même consacré un reportage à la situation à Metz. Voici une sélection de ces titres
(à faire défiler de gauche à droite)
Mais si certains titres posent des questions légitimes, aucun ne mènera une enquête de fond pour décrypter les zones d'ombre entourant les incidents.
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